J’ai été maîtresse d’appui dans l’enseignement primaire genevois, pendant quelques années avant ma retraite, et je me suis rendue compte à ce moment qu’il était inutile de refaire en appui « plus de la même chose ». Refaire des exercices supplémentaires, terminer des fiches non comprises ou redonner des explications plus imagées ou plus claires à un enfant qui ne peut pas prendre l’information la première fois que son maître la lui présenta, était inutile. Il valait mieux mettre l’accent sur sa personne même et le restaurer lui, dans un fonctionnement plus adéquat.

J’ai donc à ce moment-là cherché à comprendre comment il réfléchissait (ou ne réfléchissait pas, ou réfléchissait mal). J’ai cherché surtout à comprendre et découvrir quelles ressources il disposait, comment il s’y prenait dans sa tête pour réussir certaines tâches - notamment faire les commissions pour sa mère et rapporter la monnaie juste - grimper aux cordes à la gym - savoir retenir les gestes d’une danse irlandaise, etc.…

J’ai cherché des théories pédagogiques, des expériences scolaires réussies qui m’auraient inspirée dans une nouvelle voie, et je vous avoue que dans la littérature française j’ai trouvé bien peu de textes utiles.

J’avais fait partie d’un groupe Freinet, j’avais participé au mouvement de la pédagogie institutionnelle, j’avais étudié à l’Université la pensée de Piaget et d’autres pédagogues plus récents. Aucun ne m’aida suffisamment à comprendre le fonctionnement cérébral des enfants que je devais aider. C’est à la Sorbonne, dans la pensée de Antoine de La Garanderie que j’ai commencé à entrevoir un chemin nouveau. Puis j’ai lu des textes anglais et américains sur les découvertes neurologiques concernant les fonctions cognitives. Suivant ces pistes je suis allée suivre des cours à l’étranger et j’ai cherché ici avec des collègues motivés. Nous nous rencontrions à l’époque au sein d’un groupe de recherche nommé le PRE (Pour la réussite à l’école). Je garde de ces rencontres un souvenir reconnaissant et je voudrais remercier ces collègues qui ont partagé mes interrogations et ma passion et commencé avec moi à entrevoir d’autres interventions possibles.

Mais c’est à la retraite, que j’ai pu appliquer toutes ces petites découvertes successives dans une méthode que j’ai appelée Clés pour apprendre. J’ai ouvert un cabinet, j’ai proposé à des enfants et à leurs parents un contrat de dix séances pour trouver une nouvelle façon de fonctionner.

Je visais 4 objectifs :
    •    que l’enfant (et moi avec) découvre comment il fonctionne mentalement dans sa démarche d’apprentissage
    •    qu’il puisse trouver d’autres stratégies mentales plus efficaces
    •    qu’il trouve la maîtrise nécessaire pour piloter ces nouvelles façons de faire
    •    qu’il y trouve de l’intérêt et qu’il réussisse à améliorer ses prestations scolaires.

Très vite, nous avons constaté de bons résultats. Les parents ont été associés à ces recherches. Ils pouvaient soutenir l’effort à la maison, encourager, féliciter, dédramatiser et garder le cap de la confiance, ce qui à la longue a payé. Souvent le père ou la mère découvrait que son enfant lui ressemblait et se piquait au jeu de découvrir son propre fonctionnement mental.


Le dialogue parental changea d’axe. On ne demandait plus : pourquoi as-tu fait comme ça ? Mais : Comment as-tu fait dans ta tête quand tu as réussi, et comment as-tu fait quand tu as échoué dans cet exercice ? 
Les parents ont eu envie de se documenter, j’ai prêté des livres en français et en anglais. Il m’est arrivé de racheter plusieurs fois le même livre qui circulait dans la communauté des parents et qu’on n’arrivait pas à me rendre à temps pour pouvoir le prêter à d’autres. Au bout de la première année, j’étais débordée de demandes, le « bouche à oreille » avait fonctionné comme une traînée de poudre. J’ai cherché de l’aide dans mon cercle d’amis. Et c’est Lila Vadi, mon amie d’enfance, qui m’a répondu. Pendant l’été je lui ai transmis tout ce que j’avais découvert. A l’automne elle a suivi quelques enfants en stage avec moi, et puis très vite, avec sa finesse naturelle, son expérience pédagogique et son enthousiasme, nous avons mené Clés pour apprendre en tandem.

La deuxième année fut aussi dense que la première mais à deux nous étions plus fortes pour réfléchir et inventer d’autres approches efficaces.

Puis l’aventure a continué, d’autres collègues nous ont rejointes et aujourd’hui nous sommes une petite équipe d’intervenantes auprès de la Fondation Clés pour apprendre. Nous nous réunissons régulièrement en colloque pour partager nos expériences et continuer à nous former ensemble. 

Une nouvelle équipe vient de se constituer dans le canton de Vaud, autour de Martine Aeschlimann qui en est la responsable, et nous espérons pouvoir ainsi mieux répondre aux demandes qui nous sont faites dans cette région.

Erica Louis, responsable de l’équipe des intervenantes et présidente de la Fondation Clés pour apprendre.